Toutes les actualitésActualités

4 janvier 2009 - Observatoire
Par Ivan Pictet, Président, Fondation Genève Place Financière

D'abord, la crise. On le sait maintenant, elle est sévère et aura aussi des conséquences sur notre économie locale. Mais les crises sont aussi favorables à de réflexions prospectives positives. Donc, la question qu'il faut désormais avoir en tête, c'est comment allons-nous, tous ensemble, construire la prospérité de demain? Car, cette crise comme toutes celles qui l'ont précédée s'arrêtera un jour.

On parle désormais d'une faible croissance pour 2009, -1,3% selon la SECO, 1% selon le Crédit Suisse, 0,3% selon le KOF. Mais le plus important, c'est de comprendre que nous devons faire face à une crise systémique donc ni conjoncturelle, ni structurelle. C'est le système financier international qui est en question. Et même si on ne sait pas encore comment le système sera organisé à l'avenir, ce que l'on sait d'ores et déjà, c'est que le paysage bancaire va complètement changer. Sa régulation, son interdépendance et son organisation donneront lieu à beaucoup de débats. Je vous épargne les détails pour vous rendre simplement attentifs au fait que l'argent mis à disposition des entreprises et des particuliers, sera certainement plus difficile à obtenir et que dès lors, un fort ralentissement économique apparaît tôt ou tard inéluctable.

Je vous soumets donc 5 axes de réflexion. Il ne s'agit pas d'inventer de toute pièce une nouvelle potion magique mais bien de construire la prochaine prospérité à partir de nos valeurs.

1. D'abord, je dirais que notre principale chance réside dans la forte composition internationale et globale de notre économie. Que ce soit l'apport des organisations internationales avec quelque 5 milliards de dépenses chaque année à Genève, que ce soit les entreprises multinationales qui emploient plus de 25'000 personnes, Genève est du point de vue économique, une des villes les plus globales au monde. Mais pas seulement d'un point de vue économique si l'on pense au rayonnement du CERN en science, du World Economic Forum en gouvernance, de HEI - pardon du « Graduate Institute » en relations internationales ou de Calvin dont on fêtera le 500ème anniversaire l'année prochaine. On peut dire que l'apport intellectuel de Genève est plus que proportionnel à sa population. Cela m'amène tout naturellement à mon deuxième pilier de prospérité.

2. Les créatifs et les gens de talent. De tout temps, Genève a su créer des conditions cadres atypiques pour former et attirer les gens de talent. Demain, cette capacité doit être augmentée car la lutte sera plus sévère encore. Les Anglo-Saxons parlent même de « War for Talents » pour désigner cette compétition. Ici encore, il faut bâtir notre offre sur nos traditions d'accueil, sur l'excellence de nos écoles notamment privées, sur une culture renouvelée, sur des infrastructures de communication performantes, sur du logement de qualité et en quantité suffisante, sur une administration rapide et peu coûteuse, bref - dans ce domaine, il y a beaucoup à faire - vous en conviendrez avec moi.

3. Troisièmement, nous devons faire évoluer notre vision économique. Le découpage du secteur économique de ces dernières décennies: primaire, secondaire et tertiaire a peut-être assez vécu. En effet, dire que le secteur tertiaire occupe à Genève 85% des emplois, est sans doute loin de la réalité économique, puisque cela revient à découpler les secteurs primaire et secondaire. Ma vision personnelle est que le monde est plus complexe et qu'il y a plus d'interconnexions et d'interdépendances que l'on ne veut bien le dire. Trop simplifier la réalité empêche de comprendre les enjeux. Par exemple, on parle beaucoup de marchés globaux, mais tous agissent - in fine - sur des territoires locaux. Les gens le comprennent bien. On utilise d'ailleurs de plus en plus l'expression : « Glocal » pour désigner ce double mouvement de "Global" et de "Local". Je crois à la proximité des rapports. L'agriculture locale, les PME, les PMI ou les grandes entreprises, ont davantage de ponts communs que de différences fondamentales. C'est aussi vrai entre secteurs économiques.

4. Quatrièmement, une révolution économique se prépare en profondeur. Elle porte un nom: la « CleanTech Revolution », en français, on parle de révolution « verte ». C'est très important de comprendre que des secteurs entiers et essentiels de l'économie tels que l'énergie, la construction, les transports, la gestion des déchets et de l'eau, etc., vont complètement changer de paradigme.

À l'avenir, les maisons seront construites avec une émission zéro de CO2 et seront largement auto-suffisantes : pompe à chaleur, photovoltaïque, géothermie, chauffe-eau sur les toits, etc., rendront les habitations indépendantes. Les voitures hybrides, électriques puis plus tard, la voiture à hydrogène utilisant le principe de la pile à combustion, remplacera complètement la voiture actuelle. Les biocarburants de nouvelle génération complèteront l'usage des hydrocarbures dans les moteurs à explosion. De nouveaux matériaux isolants changeront également la donne. Sans parler des progrès dans la gestion des déchets et du traitement des eaux usées. Ensemble, ces secteurs représenteront 1/3 de l'activité économique.

Imaginez dès lors, la révolution qui nous attend, mais ne vous y trompez pas, elle est déjà en marche. Cela aura des implications dans le secteur primaire avec les biocarburants et dans le secteur tertiaire avec la gestion, par exemple, du marché des certificats de CO2.

5. Enfin, pour terminer, je voudrais dire quelques mots sur la nécessité pour Genève, de préparer les infrastructures nécessaires pour 2020. Tout le monde en parle mais le logement reste une de nos priorités absolues. Il ne s'agit pas de continuer à créer de l'emploi pour que les contribuables paient leurs impôts ailleurs. La dette du Canton, les nouvelles infrastructures à construire nécessitent beaucoup d'argent. Il faut donc commencer par avoir une stratégie du logement qui évite l'implosion de Genève, c'est vital.

Ensuite bien sûr, il faut construire les voies de communication, les écoles et autres lieux publics indispensables. Mais, n'oublions pas que l'équilibre budgétaire de l'Etat reste également une priorité absolue si nous voulons aussi assurer la prospérité de nos enfants et des générations à venir.

En conclusion, il ne reste qu'à faire le voeu que l'ensemble des « parties prenantes », responsables de l'avenir de Genève, travaillent ensemble pour résoudre ces problèmes d'avenir.

 

Archives

2010
2009
2008
2007
2006

Newsletter / Publications

Recevez la newsletter et/ou les publications de la Fondation pour Genève en vous inscrivant: