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30 avril 2008 - Club Diplomatique de Genève
Par François Nordmann, Vice-président, Club Diplomatique de Genève

Genève a l'habitude d'être gâtée par les secrétaires généraux des Nations Unies. Il y a trente ans, le titulaire de la charge aimait tellement la Genève internationale qu'il rêvait de l'imiter dans son pays d'origine. Messieurs Javer Peres de Cuellar, Boutros Boutros Ghali et Kofi Annan qui se sont succédé au 38ème étage, ont tous trois fait montre d'une remarquable bienveillance envers « l'autre siège » des Nations Unies.

Allait-il en être de même avec le nouvel élu, entré en fonction au début de janvier 2007? On nota avec inquiétude qu'il se rendit d'abord à Vienne, à La Haye, à Paris avant d'être reçu à Berne par les autorités fédérales et à Genève par le canton. On se demandait s'il avait bien mesuré l'importance du siège genevois de l'organisation qu'il dirigeait. Comme toujours, on craignait le pire… Qu'allait-il advenir de Genève si le SG ne l'aimait plus? Était-ce parce qu'on en avait trop fait … ou pas assez?

Toutes ces interrogations furent dissipées le 29 avril dernier. Bang Ki-moon est venu à la rencontre des Genevois. A l'instigation de l'UNITAR, de la Fondation pour Genève et du Club Diplomatique, il s'exprima d'abord longuement en public.

Il arrivait de Berne, où il avait présidé la session de printemps du Comité Exécutif qui regroupe toutes les institutions spécialisées et les programmes de la galaxie ONU. Le Secrétaire général transforma cette réunion administrative classique en un groupe de travail qui se concentra sur un point précis, la crise alimentaire mondiale, laquelle requérait la coordination de nombreuses agences des Nations Unies. Les directeurs - dont celui de la Banque Mondiale et du FMI - et lui-même établirent un programme d'action, une doctrine et fixèrent des objectifs communs, qui furent dévoilés lors d'une conférence de presse qui eut un impact mondial. C'est ce travail que Ban Ki-moon vint présenter en personne le jour même aux quelques cinq cents auditeurs pressés de l'entendre dans la salle de l'Assemblée générale du Palais des Nations. Il fit preuve d'une parfaite maîtrise du sujet, y injecta une touche personnelle - « je sais ce que c'est qu'avoir faim, j'ai grandi dans un pays, la Corée du Sud, détruit par la guerre » - et captiva l'auditoire par l'acuité et la précision de son analyse, l'actualité du sujet et la détermination avec laquelle il exposa l'action des Nations Unies sur ce front.

Il se prêta ensuite à un double jeu de questions et réponses, celles provenant des lecteurs de la Tribune de Genève et des auditeurs de la Radio romande, puis celles du public présent dans la salle. Il répondit avec pondération, dans le détail et toucha à un grand nombre de sujets généraux, allant de la faim dans le monde au racisme, aux Objectifs du Millénaire pour le Développement, au fonctionnement des organes des Nations Unies. Personne ne lui posa de questions sur les grandes questions politiques de l'heure, crise du Proche Orient, de l'Afghanistan ou du nucléaire. Il n'eut donc pas à y répondre. A la fin, Darius Rochebin, le présentateur vedette du TéléJournal, qui animait la rencontre, lui demanda de se prononcer sur le rôle qu'il attribuait à Genève et sur l'exercice auquel il venait de se soumettre. Ban Ki-moon répondit avec un humour qui rappelait la rapidité et l'esprit d'un sénateur américain dans un débat télévisé. Il ignora à dessein la première question (!) et déclara que la séance de questions-réponses qu'il venait de subir ressemblait à toutes celles qu'il avait connues pendant la campagne qu'il avait menée pour devenir Secrétaire général. En ce sens, le public lui rappelait les comités de ministres, les groupes parlementaires, les conférences de presse et les grandes universités qu'il avait affrontées tout au long de l'année 2006. La seule différence, ajoutait-il, c'est qu'alors, de ses réponses, dépendait son élection à la tête des Nations Unies. La beauté de l'épreuve genevoise, c'est que personne, dans l'assistance, n'avait le pouvoir de lui retirer le titre de Secrétaire général! Il n'en resta pas là.

Lors du dîner qui suivit, organisé par le Club Diplomatique avec le soutien de la Fondation pour Genève, il se montra jovial, détendu et fort aimable. Il prit la parole pour rendre hommage à la Genève internationale, en des termes à la fois élogieux et modérés, démontrant qu'il avait une parfaite connaissance de l'importance et de la valeur du travail qui s'y accomplissaient. C'est vrai qu'il ne l'avait pas perçu d'emblée, mais maintenant, il réalisait pleinement ce que signifiaient l'apport du siège genevois et les efforts constants des autorités suisses et genevoises. Tout le monde autour de la table fut très heureux de cet encouragement et de ces marques d'estime.

Il promit qu'il allait revenir souvent à Genève et a tenu parole. Son élection est devenue parfaite puisqu'il a enfin été adoubé par le public genevois… Le huitième Secrétaire général n'est-il pas devenu l'un d'entre nous ?

 

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