Toutes les actualitésActualités10 mars 2008 - Observatoire
Le 6 mars 2008, à l'invitation des "Rencontres Suisses" et de "la Nouvelle Société Helvétique", le maire de Zurich, Monsieur Elmar Ledergerber, a présenté à son tour les récents succès obtenus à Zurich à l'Aula de l'Université de Genève.
Cet échange de « best practices » peut-il augurer d'un futur dialogue métropolitain permanent entre les régions de Zurich, Bâle et de l'Arc lémanique ? En effet, ces trois régions métropolitaines suisses qui, faut-il le rappeler, représentent environ 50% du PIB national, auraient besoin d'une meilleure représentation de leurs intérêts communs dans la Berne fédérale. Songeons, par exemple, aux infrastructures ferroviaires, routières ou aéroportuaires. Telle est la question qui fut débattue par un groupe restreint, formé de personnalités de premier plan de la République genevoise lors d'un dîner qui suivit la conférence de Monsieur Ledergerber (voir ci-dessous le billet du journaliste Jean-François Mabut de la Tribune de Genève) Résumons brièvement les principaux éléments de cette réflexion en abordant d'abord l'expérience zurichoise (avec quelques remarques sur la situation genevoise), puis en évoquant les raisons objectives et nécessaires à un tel dialogue. A) Que peut-t-on apprendre du modèle zurichois ? Trois phases distinctes peuvent décrire l'émergence du modèle zurichois : la construction du réseau S-Bahn (70-80); la crise économique des années 90; et le renouveau (2000) soutenu par une stratégie de la construction de l'Ouest zurichois. Première phase Le pôle zurichois est l'incarnation même du phénomène de métropolisation en Suisse. Devancées par un étalement urbain dans les années soixante, les autorités ont dû faire face à des problèmes de congestion de trafic urbain dès le début des années septante. En effet, l'éloignement de plus en plus important des lieux de travail (concentrés au centre ville), des habitations à la périphérie et dans les villes proches (Winterthur, Baden, etc.) a conduit à une intensification des mouvements pendulaires. De plus, le volume du trafic routier rendait le réseau de la commune de Zurich impraticable aux heures de pointe. Les autorités décidèrent de lancer d'impressionnants chantiers sur le réseau de transport ferroviaire, notamment avec le projet de S-Bahn (RER). Dans un premier temps, le peuple certes conscient des enjeux, refusa lors de la votation du 20 mai 1973, d'avaliser un projet de métro (U-Bahn). Ce sont avant tout les coûts colossaux et les nuisances inhérentes aux travaux qui y mirent un frein. Dès lors, on se limita au projet du réseau S-Bahn en abandonnant l'idée de métro zurichois. Ce projet passa ainsi la rampe lors de la votation populaire du 29 novembre 1981, soit 8 ans après le premier refus. Dès lors, Zurich et sa grande région disposeront rapidement d'un réseau RER actuellement encore le seul véritable réseau performant de Suisse. Ainsi, la métropole zurichoise, comme les grandes métropoles européennes, achève sa première phase de métropolisation (celle des réseaux de transports urbains) dans des délais relativement raisonnables. Remarques : Le CEVA joue, avec beaucoup de retard (le premier projet de raccordement des deux gares date d'un siècle !) un rôle similaire dans la construction d'un réseau ferroviaire genevois performant. Il faut cependant nuancer ce propos lorsque l'on sait que la 3ème voie entre Genève et Lausanne ne se fera pas avant une vingtaine d'année et que le réseau français est largement incomplet. Un véritable réseau RER pour la Métropole lémanique est donc très loin d'exister et pourtant cela semble bien être une des conditions initiales d'importance à l'émergence de toutes les métropoles. Rappelons aussi pour mémoire que Zurich avait lancé ses projets en finançant lui-même les études de faisabilité avant d'obtenir le soutien de la Confédération et des CFF. Ce point est important car il montre la logique gagnante en Suisse. Il faut créer des «faits accomplis» plus que d'aller «pleurnicher» à Berne ! Seconde phase La seconde phase commence lors de la crise économique des années nonante. Cette phase se distingue par un fort recul industriel et l'apparition de friche industrielle dans l'ouest-zurichois notamment. On se souvient également qu'à cette période, l'impact négatif de la scène ouverte de la drogue avait terni l'image de la Cité. La fermeture du Letten et la relance économique par l'établissement d'une institution de promotion économique sous la pression des Chambres de commerce et de l'industrie de la région, ont amené de nouvelles perspectives. Ainsi, la mise en place d'une structure de marketing et de promotion économique originale (1998) autour du concept de « Greater Zurich Area » donna rapidement des effets positifs. Aujourd'hui, elle a adopté la forme juridique de société anonyme, ce qui est unique en Suisse ! Rappelons qu'en Suisse, ce fut le canton de Neuchâtel qui dès le début des années quatre-vingt, a été le précurseur en matière de promotion économique. À noter également qu'il existait dans la région, depuis plusieurs années, de petites structures étatiques de marketing au niveau des communes (Zurich, Winterthur,…), mais celles-ci avaient été peu sollicitées lors des crises économiques précédentes qui avaient relativement moins touché la région que le reste de la Suisse. Il aura fallu attendre le refus de l'accord EEE en 1992 pour que des changements surviennent rapidement et que le concept de « Great Zurich Area » soit lancé en regroupant les unités fragmentées de la région. Aujourd'hui, cet organisme de promotion et de marketing économique occupe la meilleure position en Suisse et est, de toute évidence, celui qui dispose de ressources financières suffisantes. La récente implantation du centre de recherche de Google (2007) à Zurich est sans doute l'expression la plus marquante de cette phase de promotion économique exogène en réponse à la crise des années nonante. Remarques : La promotion économique exogène du canton de Genève existe depuis de nombreuses années, mais elle n'a jamais été capable de travailler avec le DEWS (promotion économique des cantons de Vaud, Valais, Neuchâtel et Jura). Cette fragmentation exprime bien la difficulté à créer une véritable "Métropole lémanique" qui soit capable de défendre globalement son avenir. Troisième phase Dès le renouvellement de l'équipe dirigeante de la ville de Zurich en 1998, on assiste à un changement radical de l'approche politique. En effet, la situation est grave. La crise a vidé les caisses et la dette est importante. La ville a perdu de nombreux habitants et elle n'arrive plus à faire face à ses engagements notamment sociaux. La décision clé du renouveau va être de reconstruire de l'habitat dans la ville en favorisant les grands appartements pour l'accueil des familles. Ainsi, un plan de construction de 10'000 grands logements est lancé sur dix ans. Aujourd'hui, non seulement le plan a été exécuté dans les délais, mais il a également complètement relancé la construction en ville de Zurich, notamment dans le quartier de l'Ouest zurichois devenu une zone de friche industrielle après la crise des années 90. La force de ce plan a été aussi d'associer les différents acteurs des milieux immobiliers dans la démarche de reconstruction de la ville. Cet élan nouveau a été également soutenu par d'autres plans de modernisation liés à la définition d'objectifs clairement identifiés dans quatre directions prioritaires : soutien à la place financière, développement de l'espace éducatif et de la recherche (Science City), promotion touristique accrue et finalement renforcement du « cluster » des sciences de la vie. Remarques : Le projet de la Praille-Acacias-Jonction pourrait jouer le même rôle de relance économique et d'amélioration des budgets publics que le projet réalisé à Zurich-Ouest. En effet, les terrains sont de même importance et les projets semblables. Construire en ville et densifier la ville sont aujourd'hui des solutions performantes à la fois en terme de qualité de vie (Zurich et Genève sont au premier rang mondial) et en terme d'économie durable. L'avenir Tout se passe comme si les infrastructures (Phase I), promotion économique (Phase II), (re)construction de la ville et renforcement des « clusters » (Phase lll) ne suffisaient plus au futur de la Métropole. Les démarches entreprises par les « global cities » comme par exemple New York, Londres ou Singapour, ont influencé Zurich dans cette nouvelle phase de réflexion sur la compétitivité des métropoles (phase lV). En effet, les questions sont désormais les suivantes:
B) Vers de nouvelles alliances métropolitaines Le maire de Zürich a convaincu Genève et Bâle de faire acte de candidature au pavillon des grandes villes pour l'Exposition universelle de Shanghai 2010. Cette nouvelle stratégie des grandes villes suisses fait suite à l'initiative précédente, impliquant un forum des principales villes suisses, déjà initiée par ce même Maire. Tout se passe comme si les villes et les régions métropolitaines nouvellement formées tentaient une offensive face à la Berne fédérale aux mains des petits cantons. Se faire entendre à Berne sur des problématiques bien précises, semble devenir une priorité absolue. Les multiples enjeux sur les aéroports, la sécurité urbaine, le développement des transports publics à l'intérieur des agglomérations et des régions métropolitaines, le logement ou encore le développement économique restent lettre morte. En effet, la Confédération n'aide guère ces villes et métropoles qui possèdent pourtant leurs propres caractéristiques, fort différentes du reste de la Suisse. De plus, bien que ces régions pourvoient pour l'essentiel à la richesse nationale, aucune politique métropolitaine n'est encore actuellement mise en place. La tenue d'un dialogue métropolitain apparaît de plus en plus nécessaire ainsi que la création d'alliances au-delà des frontières. Ainsi, Zurich a créé des partenariats avec Los Angeles et Kumin en Chine à travers lesquels des échanges de « bonnes pratiques » sont établis. Cette double stratégie d'alliances métropolitaines (en Suisse et à l'étranger) dénote un changement de politique correspondant à la phase actuelle dans la globalisation des échanges. Remarques : Genève souffre d'un manque de vision en la matière puisqu'il n'existe pas de stratégie offensive ni vers l'arc lémanique ni vers des régions métropolitaines potentiellement alliées. La discussion n'a même pas démarré au niveau du politique même si la réalité lémanique devient, jour après jour, totalement évidente. |
